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ALLIANCE FRANCAISE DE SEOUL

CULTURE

Rendez-vous de Busan

Interview Bruno Réquillart
  • Writer : AF Busan
  • Date : 04.19.2017
  • Hit : 3781

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Dans le cadre de l’année France-Corée, le Jeu de Paume a organisé à Busan une exposition de Bruno Réquillart, au Musée GoEun de la Photographie, du 14 mai au 10 août 2016. Son exposition a alors accueilli près de 7000 visiteurs. 
A cette occasion, Bruno Réquillart découvre Busan pour la première fois, et s’enthousiasme pour la ville. Le Musée GoEun de la Photographie l’invite alors à participer à son programme Busan Observation, qui permet à des photographes de travailler sur la ville de Busan pendant une année de résidence. 
Les images que Bruno Réquillart prend de Busan au cours de cette année 2017 seront exposées au Musée GoEun de la Photographie du 10 mars au 31 mai 2018. 



La Seine_Quai de Montebello, Paris, 26 décembre 2003 ⓒ Bruno Réquillart.jpg

tous droits réservés Bruno Réquillart



- A Busan, quelles choses, quels lieux vous inspirent pour votre travail photographique ?  

  

« Plus que le sujet, ce qui m’attire toujours ce sont les relations entre les formes, les valeurs, les couleurs. Comment, par le choix des éléments (cadrage), je peux transformer la réalité, en montrer son étrangeté, sa poésie ou sa beauté. 

À Busan, j’aime la diversité, l’emboitement des formes (l’aspect «collage»), le côté pop, kitch parfois, ou naïf, confronté à une architecture moderne internationale. 

C’est une ville joyeuse, imaginative, en développement permanent... avec une magnifique situation géographique. 

Dès le premier jour, je m’y suis senti «chez-moi». 

J’aimerais pouvoir y passer plus de temps, photographier et photographier encore ! 




- Quelle est la différence la plus manifeste entre Busan et les villes que vous avez photographiées en Europe? 


En Europe, les villes, à part Londres, sont plus «sérieuses» ! 

Paris, que je photographie depuis des dizaines d’années, est plus romantique, moins vivante. La lumière est un peu grise, les immeubles et toits sont gris... C’est une poésie différente. 

Busan m’enthousiasme, Paris m’endort ! »




- Vos photos sont en noir et blanc, contrastées : lumineuses et sombres à la fois. Qu'est-ce que vous voulez exprimer à travers votre style ? Un côté sombre semble dominer votre travail, pourquoi avez-vous développé cet aspect-là?



« Je ne sais pas si j’ai un style ! 

Je poursuis mon travail avec des règles que je m’impose, je sais ce que je ne veux pas : tout ce qui est seulement illustratif, par exemple. 

J’essaye de m’étonner, de me surprendre... Plus on avance, plus on simplifie.


Je ne suis pas un photographe voyageur, je crois que tout est à sa porte. En ce sens, le projet Busan Observation est une exception, heureuse et stimulante !


La magie de la lumière fait que tout est «renouvelé» en permanence. 

À Paris, depuis des années, je photographie les quelques rues autour de chez moi, et je trouve toujours des choses nouvelles... 

C’est un défi aussi ! »



- Pourquoi avez-vous choisi de faire des photos en noir et en blanc ? Avez-vous déjà fait des tentatives de photos en couleur ? 


« La couleur prend de plus en plus d’importance dans mon travail.

Quand j’ai commencé à photographier, dans les années 60, je n’en faisais pas pour des raisons techniques et financières.... C’était cher et sans contrôle possible. 

Aujourd’hui, avec les impressions «jet d’encre», c’est un très grand plaisir. 

A Busan, la couleur est étonnante. Ce projet sera très coloré ! 

La présence du noir et blanc juxtaposé, l’amplifiera.» 



- Est-ce que vous êtes un photographe plutôt spontané ou réfléchi ? 


« Photographier c’est extraire un morceau de réalité, le reste doit être oublié. C’est donc toujours un mensonge. Mais c’est le réel, seul le petit rectangle choisi existe. 

J’aime jouer avec la réalité, transformer une ligne de fuite en une simple oblique, ou inversement. Un pas de côté, et tout change ! 

Je veux que quelque chose se passe dans l’image, qui ne soit pas lié à la matérialité du sujet : une confusion des plans, une abstraction de l’espace, des ambiguïtés, un rythme interne, des vides. 

Un temps suspendu. 

Faire d’une fraction de seconde une éternité. 

En même temps, je tiens à ce que ce soit simple et apparaisse comme un constat. 

Cela doit être fait vite, sans trop réfléchir, sinon je perds l’émotion. 

Les bons jours, j’ai l’impression de «flotter» et devenir ce que je photographie... (difficile à expliquer) 


Je veux faire des photos dans lesquelles je puisse me reconnaître !»



- Quels lieux préférez-vous prendre en photos ? Vous prenez en général des photos de choses qui vous sont familières. Pourquoi ?  


« Les thèmes se sont imposés d’eux-mêmes, j’ai toujours travaillé seul, sans répondre à des commandes. 

J’aime les lieux vides, je photographie très peu les gens. 

Depuis 2 ou 3 ans, je photographie beaucoup le sol ! Je ne sais pas pourquoi !... (est-ce une sourde angoisse ? me familiariser avec le trou qui m'attend !?)

Je photographie des lieux familiers, quotidiens, parce que je refuse de jouer sur l’attrait de l’extraordinaire, de l’exotisme, etc.»



- Pourquoi avez-vous décidé à un moment de votre vie d'arrêter la photo et de faire de la peinture? Et pourquoi vous avez finalement recommencé la photo ?


« En 1979, lorsque je me suis arrêté pour faire de la peinture, c’était parce que j’avais l’impression de toujours faire la même photo, sans possibilité de renouvellement, et que ces photos devenaient trop formelles... 

Également, j'avais remarqué que les photographes ne sont pas meilleurs âgés que jeunes, au contraire.

Alors que les peintres, souvent, ont une densité, une force, qui amplifie avec l'âge !


En 1998, lorsque j’ai repris, c’était un défi : essayer de vaincre un échec ! 

Je voulais aussi faire 3 séries sur les lieux où je vivais, et celui de mon enfance... essayer de raconter une histoire ! Je pensais que ça me prendrait un an au maximum, et serait une parenthèse dans mon travail de peintre ! 

J’ai commencé en 24 x 36, comme j’en avais l’habitude. Au bout d’un an ou deux, je n’étais pas satisfait ! J’ai tout recommencé en format panoramique (24x 65), et puis je ne me suis plus arrêté... ça fait 17 ans ! 

Et j'ai l'impression de m'améliorer !

C'est très subjectif, et peut-être un peu prétentieux...




- Pour vous, quelles sont les différences entre la photographie et la peinture ? 


En photographie, le temps est haché : il y a la prise de vue, les différentes phases de développement, et puis le tirage final (pour moi, il peut se passer 10 ans entre la prise de vue et le tirage définitif). En peinture, on est constamment en face de ce que l’on fait, et chaque avancée est aussi une destruction de ce qui existait.»



 
- Pouvez-vous nous parler de votre résidence Busan Observation ? 


« C’est un challenge un peu stressant ! 

C’est la première fois que j’ai une date limite, et une date d’exposition avant d’avoir seulement fait une photo ! 

En même temps, c’est exaltant. 

Je découvre l’Asie à travers Busan... 

Jamais je n’avais photographié du matin au soir... 

C’est un peu frustrant aussi, parce que j’aimerais pouvoir poursuivre ce projet sur plusieurs années...  plus en profondeur ! 

Mais il y a cette satanée date limite ! - que je vais respecter bien sûr et qui finalement me stimule. 


Merci à M. HyungSoo KIM, à SangIl YI et à leur dream team, et merci aux membres de la GoEun Fondation pour leur confiance inattendue.»




Interview réalisée en français par les étudiants de l'Alliance française de Busan 


(S600 - session mars avril 2017)





Chilbosa Temple_16th, January, 2017 ⓒ GoEun Museum of Photography.JPG

Tous droits réservés, Musée GoEun de la Photographie, 2017