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ALLIANCE FRANCAISE DE SEOUL

CULTURE

Rendez-vous de Busan

Interview de Stéphane Winter
  • Writer : AF Busan
  • Date : 04.17.2017
  • Hit : 65871

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Stéphane Winter est né en 1974 en Corée du Sud, à Busan, et a grandi dans la région de Lausanne, en Suisse. Il se forme d’abord en Chimie, ce qui l’amène à découvrir la photographie par ses procédés anciens, le développement noir et blanc et les produits chimiques. Il devient ensuite professeur de photographie à l’école de Vevey, où il s’est aussi formé aux techniques de l’image. Stéphane Winter s’implique dans des activités de photographe indépendant (presse, publicité, entreprise). Depuis 2015, il se consacre à ses travaux photographiques personnels, le plus souvent autobiographiques et réalisés sur le long terme. Son exposition « die Winter » a été présentée au Festival Images de Vevey, au Festival Circulation(s) à Paris, à la Galerie Coalmine à Winterthur et au Festival Panoramic à St Brieuc. Une première version de son livre « die Winter» est paru aux Editions GwinZegal en 2016.


 

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Interview réalisée en français par les étudiants de l'Alliance française de Busan :

(Révisions A2 - session mars avril 2017)


- En quoi cette exposition se distingue du reste de votre travail photographique ?  

 

Elle est différente car durant presque toute la durée des prises de vue je ne considérais pas ces images comme faisant partie d’un projet ou un travail. Je les faisais seulement lorsque j’avais une idée spontanée et l’envie. Il fallait aussi que l’énergie et la motivation entre mes parents et moi soient présentes. Faire ces images faisait partie du quotidien comme préparer à manger pour le déjeuner

 

- À part la mise en scène, à quels autres genres photographiques vous intéressez-vous ?

 

J'ai des phases, mais mes domaines préférés sont le paysage urbain, la photographie de personne contextuelle à mi-chemin entre le reportage et le portrait - mais toujours dans des travaux personnels. Je fais aussi beaucoup de photographie de voyages.

 

- Quelles sont vos inspirations ?

 

Souvent mes photographies ne reflètent pas les images que mes photographes préférés font, car justement je les admire parce que je ne serais pas capable de faire et d'exprimer ce qu'ils photographient et font ressentir dans leurs photographies. 

Lors de mes études en photographie, il est évident que j'avais des références, comme par exemple Gabriel Basilico, Lewis Baltz et Gilbert Fasteneakens pour le paysage urbain, Joan Fontcuberta pour tout ce qui était fiction/réalité, Jeff Wall pour les mises en scène, et Bernard Plossu et Raymond Depardon pour la photographie de voyage et intime à la fois...

 

- Comment/Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans la photo comme professionnel ?

 

C'est lors de ma formation précédente (en chimie) que j'ai découvert la photographie d'un point de vue plus avancé. Après cette première formation, j'avais entendu dire qu'à l'école de photographie de Vevey en Suisse, ils organisaient des entretiens lors de la sélection des futurs étudiants. Je m'étais donc inscrit aux examens d'admission, seulement pour avoir cet entretien et évaluer mon niveau photographique, mais pas pour suivre l'école. Ce que je n'avais pas compris c'est qu'il y avait un examen théorique avant la deuxième phase qui était les entretiens. Je me suis finalement quand même présenté et j’ai réussi ce premier test pour pouvoir avoir l'entretien. Suite à l'entretien, j'ai été accepté dans l'école. Vu qu'ils n'en sélectionnaient que 15 sur environ 300, j'ai décidé d'arrêter mon activité professionnelle dans le domaine de la chimie pour suivre cette école d'arts.

Après l'école, je n'ai fait que très peu de mandats. J'ai préféré garder la photographie comme moyen d'expression pour mes travaux personnels. Aujourd'hui, mes activités d'enseignant (dans la même école d'art) et de consultant me font gagner ma vie, et comme activités professionnelles en photo je suis régulièrement un groupe de blues dans leurs tournées en tant que photographe officiel, et je produis quelques vidéos expérimentales pour d'autres artistes dans le domaine de la musique électronique.


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- Concernant l’exposition "die Winter", pourquoi avez-vous choisi de présenter ce style de photos (mises en scène, couleurs vintage) ?

 

Comme je l'ai dit plus haut, ces photos ont été faites au quotidien dans mon milieu familial entre 1988 et 2011. Elles existaient en tant que photo vintage et/ou mises en scène. Lors de l'editing, je n'avais pas le choix, je n'avais que ces photos à disposition. En les observant de plus près, on peut se rendre compte que ce qui rend l'aspect vintage ce n'est pas la tonalité ou un filtre ajouté, mais les objets, les vêtements et les coupes de cheveux représentés dans les images. Pour les mises en scène, c'était de l'improvisation totale : avec mes parents, on prenait ce qu'on avait sous la main, ou alors on puisait dans les stocks de vieux vêtements que je conservais et on échangeait nos vêtements. Les mises en scène étaient aussi souvent liées à un événement comme Noël, le premier jour de l'hiver ou un anniversaire. Même si on a l'impression qu'il y a toujours une mise en scène, beaucoup ne sont que des photos de la vie quotidienne, seule la posture un peu spéciale de ma mère ou mon père font croire à une mise en scène. Ces photos sont simplement un album de famille. Si aujourd'hui je devrais faire un vrai album de famille, il y aurait les mêmes images que dans l'exposition et le livre.

 

- Etes-vous attentif au rendu esthétique de vos photographies ?

 

Oui, c'est très important, le rendu fait entièrement partie de la photo par rapport à ce qu'on veut exprimer. On peut influencer l'esthétique d'une image à tous les niveaux, dans le choix de l'appareil utilisé lors de la prise de vue, le choix du film ou du capteur (lié à l'appareil dans ce cas), dans la manière de développer un film ou de traiter une image numérique, et pour terminer dans le choix du papier lors d'une exposition. En dehors de ces points techniques matériel, il y a toute la partie du contenu de l'image qui inclut la composition, le choix du sujet et son environnement, et bien entendu la maîtrise et le choix de la lumière qui sera un des critères les plus importants pour le rendu esthétique. Personnellement, j'essaie de ne pas mettre en avant tous ces points techniques. Une bonne image sera souvent une image qui rassemble tous ces paramètres techniques lors de la prise de vue, mais ils seront totalement invisibles sur l'image finale. On ne regarde pas une image pour savoir avec quel appareil elle a été faite.

 

- Dans votre exposition à Vevey, il semble que vous avez essayé d’exprimer une certaine intimité dans les choix de montage. Comment le travaillez-vous ? Comment avez-vous choisi la dimension des photos ?

 

Avec la personne qui m'aide pour les accrochages de mes expositions, nous procédons d'une manière un peu spéciale. Nous n'avons pas une idée précise du résultat final. Si c'est possible, nous venons avec l'imprimante dans le lieu d'exposition et on adapte tous les tirages au lieu. Si ce n'est pas possible d'apporter l'imprimante, nous prenons beaucoup plus d'images que la quantité nécessaire afin d'adapter la sélection au lieu, comme pour l'exposition ici à Busan. Nous avons choisi cette approche car nous aimons nous imprégner du lieu pas que d'un point de vue technique, mais aussi pour essayer de ressentir ce que le lieu peut émettre à la base sans les images, et ensuite la sélection des images se fera en complément de l'atmosphère du lieu afin de conserver l'intimité du travail.

 

- Pour vous, est-ce que c’est important d’exposer à Busan ?

 

Oui, pouvoir montrer cette exposition dans la ville dans laquelle je suis né est comme une conclusion à ce travail. Elle lie mes deux vies, même si la première en Corée n’a duré qu’une année et je ne me souviens de rien, elle fait aussi partie de mon histoire. C’est lier l’abandon et l’adoption, montrer que parfois aucun des deux n’est négatif et qu’ils dépendent l’un de l’autre… Il y a aussi une partie hommage à mes parents adoptifs, grâce à eux je peux aujourd’hui raconter une belle histoire et revenir la raconter ici. En 2009, j’étais venu à Busan avec eux et ils avaient adoré la ville, les gens et l’atmosphère. Ce fut un de leurs plus beaux voyages. Je regrette juste qu’aujourd’hui ils ne puissent pas être ici car mon père est décédé en 2011 et pour ma mère le voyage est un peu trop long. Mais vous pouvez les découvrir par l’image.

 

- D’après des articles que nous avons lus, quand vous étiez adolescent, vous ne sortiez pas avec votre appareil, sauf pour les vacances ? Pourquoi ?

 

C'est toujours le cas aujourd'hui!

Personnellement, j'aime bien me détacher de la photographie. Même si elle a fait partie de mon quotidien avec mes parents durant 25 ans, je n'aime pas trop voir la vie au travers d'un appareil. Et avec le temps, je me suis aperçu que grâce à la photographie j'ai pu vivre beaucoup de choses que je n'aurais jamais faites sans elle, et qu’à l'inverse la photographie m'a empêché de vivre pleinement certaines choses car je ne vivais ces moments qu'au travers d'un objectif et par la suite que par le souvenir en regardant la photo du moment. Mais je n'avais pas pu ressentir le moment présent, je ne pouvais pas m'exprimer sur ce qu'il m'avait apporté. Je pouvais seulement dire que c'était sympa de l'avoir photographié et que j'y étais.

Même approche pour les vacances, sauf pour des voyages que je fais pour des projets photographiques.

Aujourd'hui c'est différent, car presque tout le monde a un smartphone...